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Mylène Farmer séduit, c’est indéniable. Par ses mots, par sa voix, par sa beauté, son univers également. Il n’y a qu’à interroger les fans pour se rendre compte que les raisons varient. Parfois, il n’y a pas de raisons à donner : Mylène n’est pas à définir : chez elle, la grâce émeut et ne laisse pas indifférent.

Mylène représente bien un subtil mélange de beauté, d’enchantement et de distinction.


Beauté : Mylène est une chanteuse ; c’est là un lieu commun. Pourtant, les photos qu’elle réalise régulièrement sont dignes des plus grands mannequins. Les clichés, réalisés par les photographes les plus talentueux, la dévoilent sous des aspects toujours plus différents. Celle qui avoue ne pas s’aimer plaît indéniablement par son physique, si bien que cet aveu  n’est pas sans avoir déconcerter journalistes et autres chroniqueurs. Mais la beauté n’est pas que physique, et nous reviendrons par la suite sur cet aspect ; il y a bien chez Mylène une beauté émotionnelle, toute poétique…

Enchantement : on trouve dans l’univers Farmer quelque chose propre au sortilège et à l’incantation. Les fans avouent être subjugués par ce mélange savamment dosé des pulsions qui composent l’être humain, tendances macabres et érotiques entre autres. Mylène aime à déjouer les tabous en évoquant les thèmes défendus : « pas de doute, (…) c’est illicite. » Et ses admirateurs aiment cette originalité : tout se passe comme si les choses trop vite jugées « indécentes » aux yeux de la morale judéo-chrétienne ne l’étaient plus, le temps d’un clip, le temps d’une chanson. La fée Mylène n’est pas « tout le temps douce », comme elle le dit elle-même.

Distinction. Il n’y a qu’à regarder la vidéo de Fuck them all pour se rendre compte que même lorsque elle entame le pont vulgaire « Hey bitch… », Mylène nous surprend par son élégance et son charisme. Il y a bien en Mylène, cette femme de quarante-cinq ans, de la petite fille, de la poupée « désarticulée » qui peut se permettre les fantaisies les plus osées sans pour autant choquer outre mesure.
 

Mylène Farmer a-t-elle des projets ? La femme avoue jouir du plaisir de sortir un album quand elle en ressent l’envie. Mais quelle est donc la frontière entre Mylène, la femme, et Farmer, le personnage ?

Essayons de cerner celle que nous connaissons au travers de son œuvre : Mylène…Farmer tout simplement.

Un rien l’amuse, le jeu est pour elle une manière de vivre, de se perdre un peu plus. « Les choses enfantines me font rire ». La légèreté physique qui la compose entre en résonance avec l’attitude mentale. Mylène Farmer ou la fraîcheur non altérée.
Mylène est une fée : c’est sans doute l’aspect le plus créatif et charmant du personnage. Elle aime en tout cas se blottir dans ce monde, cet aspect impalpable propre au surnaturel… Dans les contes de Perrault, on rencontre généralement deux types de fées : les unes sont fragiles, les autres puissantes. Mylène, elle, semble ne rentrer dans aucune de ces cases… « Même si parfois je vacille, j’ai en moi une force qui me permet de rebondir ». La Fée Farmer est tout en nuances. Mylène, sexy, sensuelle, « attrayante » pour reprendre son mot, ne reflète pourtant pas un idéal féminin académique : le tout fait mouche chez Mouchette : (je suis sûr que vous ne l’aviez encore jamais vu, ce surnom !) l’émotion des sens naît d’une certaine qualité d’imaginaire rendue par l’attitude raffinée, le décor élaboré, le sens du détail. Mylène a l’allure d’une créature. Le clip Innamoramento nous la présente en divinité sylvestre, en parfaite communion avec la nature qui l’environne.




Si de la fée elle a la distinction, elle en a aussi la capacité de métamorphose : sophistiquée un jour, sobre un autre. Mylène évoque Mélusine, au point de l’être, le temps d’un titre : « Quand on est Mélusine » nous dit-elle dans L’histoire d’une fée, c’est… Mélusine est cette fée du Moyen-Âge, qui se transforme les samedis en serpent : sortilège ou pouvoir, nul ne le sait…
Ajoutons que le caractère féerique de Mylène n’est pas seulement physique : ses personnages sont dotés de réels pouvoirs : Mylène vole dans l’Ame-stram-gram, recouvre la vue dans Je te rends ton amour, se transforme en créature surnaturelle dans Comme j’ai mal. Mylène évolue dans un monde qui lui est définitivement propre et sa présence même change son environnement. Surtout, Mylène suscite des réactions dignes d’une fée : ses apparitions (rares, donc magiques !) mettent en émoi ses admirateurs; elle attire par ailleurs les regards. Ses concerts reflètent à la perfection cet aspect: magiques et fantasmagoriques, ils sont le théâtre d'un autre monde, l'espace de quelques heures: un rêve éveillé, ou la frontière entre rêve et réalité n'est pas toujours palpable: des moments salvateurs, somme toute, pour l'artiste comme pour son public.
 

Ce pôle électrique communique avec les êtres et avec le monde de façon non pas rationnelle, mais véritablement intuitive, et affective. « Je ne suis pas sûre d’être l’incarnation de la parfaite cartésienne »… « J’aime ceux qui m’aiment » avoue-t-elle lors de la première soirée des Nrj Music Awards, en 2000. Mylène joue aussi pour ses aimants un rôle d’initiatrice : d’aucuns lui savent gré de les avoir éveillés à l’Art ou à l’émotion tout simplement. L’âme poétique de Mylène les touche car Mylène dépasse l’aspect prosaïque de la vie. Mylène n’évoque pas dans ses chansons le désespoir ressenti quand on se cogne contre une porte ou qu’on a un chat dans la gorge. Ça ne l’intéresse pas. Elle laisse ces thèmes passionnants à ses consoeurs, les Ségara ou les Kaas.
Amélie Nothomb dit « qu’elle est. ». Mylène, quant à elle, « attend tout d’être ». Elle est, sans intention. Notre héroïne favorite se meut naturellement dans l’univers qu’elle a façonné, un univers en perpétuelle évolution, comme le montrent les audaces visuelles que sont Libertine, XXL, C’est une belle journée, ou plus récemment Q.I. Mylène ne propose jamais la même chose, ses productions déstabilisent en appuyant toujours sur des registres différents : l’épique, l’esthétique, le dessin naïf, la sensualité empreinte d’humour. Notre fée conductrice a des fulgurances dans son discours. A qui lui demande comment on doit la qualifier, libertine ou garçonne, elle répond « Je préfère qu’on ne me qualifie pas ». Et toc ! Eluard nous dit « Le Poète inspire bien plus qu’il n’est inspiré ». Mylène puise son inspiration entre autres, dans son vécu, dans la mélancholia des poètes maudits du XIXe siècle, des surréalistes et dans bien d’autres domaines artistiques… Quant à l’inspiration qu’elle génère, il n’y a pour ainsi dire qu’à consulter les mots des fans pour se rendre compte que Mylène est un véritable pilier dans leur quotidien. La dualité du personnage Farmer est un élément à mettre en exergue. Il y a en Mylène une souffrance. Mylène semble vivre à la frontière de deux mondes, la poésie et le tourbillon de la vie. Elle s’arrache de la médiocrité pour vivre sur un mode qui n’est définitivement pas celui de la banalité. Avec Mylène, la vie s’acide de dynamite, pour reprendre ses termes dans L’amour n’est rien. Rien n’est évident, le suspense est permanent, le doute toujours présent quant à ses apparitions. Mylène n’aime pas le calibré, sa « nature profonde est le mystère ».
 


Le tout a opéré et opère encore… « Comment feront les fans quand Mylène va mourir ? ». Contrairement à Mylène Gautier, Mylène Farmer ne mourra jamais. Le sillage qu’elle creuse est celui d’une étoile qui a encore de nombreux siècles de lumière devant elle. Pourquoi ? Parce qu’au-delà de ses tubes mélodieux et unificateurs, Mylène, c’est l’anticonformisme absolu : la femme vaporeuse avec une dimension humaine primordiale. Mylène est bien plus qu’un personnage attachant et atypique. Mylène est un mythe
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© CV, 2005